✦ Le récit
Couper l'ARN viral est devenu un classique des défenses bactériennes (RNase III, CRISPR-Cas13). Mais RADAR fait quelque chose de plus subtil : il édite l'ARN viral, en transformant les adénosines en inosines (qui sont lues comme des guanines). Le résultat ? Le transcrit phagique change de sens, les protéines produites sont mal-pliées ou non-fonctionnelles, le phage avorte sans qu'aucun ADN ait été clivé. Subtil, irréversible, élégant. Et le plus étonnant : c'est exactement la même chimie qu'ADAR1 chez l'humain — sauf qu'ADAR1 fait l'inverse (édite l'ARN endogène pour le cacher du système immunitaire). Même enzyme, deux usages opposés.
Découvert en 2022
Par Duncan-Lowey, Whiteley, Kranzusch et al. (Harvard Medical School)
★ Pourquoi on s'en soucie
La piste RADAR → ADAR1 est notre meilleure chance d'attaquer ADAR1 humain de façon sélective. ADAR1 surexprimé permet aux tumeurs et à HIV de cacher leur ARN double-brin du système immunitaire — donc l'inhiber, c'est réveiller la réponse antivirale endogène.
◇ Le détail qui marque
L'assemblage cryo-EM de RADAR publié en 2023 ressemble à une roue dentée de montre — un filament hélicoïdal composé d'ATPase RdrA et de désaminase RdrB qui s'auto-assemblent. C'est l'un des plus beaux complexes supramoléculaires d'enzyme jamais caractérisés.