✦ Le récit
Les phages, comme tout virus, ont besoin de la machinerie de traduction de l'hôte pour faire leurs propres protéines. Schlafen bactérien a trouvé un point de vulnérabilité élégant : cliver l'ARNt. Sans ARNt fonctionnel, plus de traduction. Plus de traduction, plus de phage. Et bonus, plus de bactérie non plus — c'est de la mort cellulaire abortive, mais ça sauve les voisines. La beauté du système est qu'il distingue les ARNt phagiques (modifiés différemment) des ARNt endogènes — au moins en partie. Le nom Schlafen (« dormir » en allemand) vient de 1998 : les premiers gènes Schlafen identifiés bloquaient la prolifération des lymphocytes T chez la souris, comme si on les endormait. On a mis 24 ans à réaliser que la même famille existait chez les bactéries pour endormir les phages.
Découvert en 2022
Par Various (mais paper-clé : Cohen, Hochberg, Sorek 2022 Nature)
★ Pourquoi on s'en soucie
Réactiver SLFN11 dans les tumeurs SLFN11-silenced = rendre la chimio efficace là où elle ne l'est plus. C'est un gigantesque enjeu d'oncologie pratique, et la Schlafen bactérienne nous donne le modèle mécanistique pour comprendre comment activer la version humaine.
◇ Le détail qui marque
SLFN11 humain, le paralogue cancer-suppresseur, est anormalement actif dans les cellules cancéreuses sensibles aux chimios topoisomérase, et silencé dans les résistantes. C'est devenu un biomarqueur de routine en oncologie clinique. Et personne ne sait pourquoi exactement il a cette fonction — sauf maintenant qu'on sait qu'il vient probablement de l'ancêtre bactérien anti-phage.