✦ Le récit
Imagine que tu veuilles distinguer ton propre courrier de celui des spammeurs. Une bactérie a trouvé une solution radicale : modifier chimiquement la totalité de son propre ADN avec des groupes phosphorothioate (PT) — un atome de soufre à la place d'un oxygène dans la liaison phosphate. Ses propres protéines de défense (SspB, SspC, SspD) installent cette signature ; et SspE, l'effecteur GTPase à HNH nuclease, clive tout ADN qui ne porte PAS cette signature. Donc l'ADN phagique entrant, non-modifié, se fait découper. C'est de l'immunité par épigénétique — la bactérie marque le « soi » au sens chimique, et l'effecteur cible le « non-soi » par défaut. Une élégance algorithmique remarquable.
Découvert en 2007
Par Wang, Chen, Yang, Wei, Bao et al. (Shanghai Jiao Tong) — paper cryo-EM 2026 par Zhou et al. (mBio)
★ Pourquoi on s'en soucie
Pas d'orthologue humain direct, mais le paradigme « recognize-hydrolyze-activate » est transférable à d'autres GTPases régulées allostériquement (dynamines, septines). C'est aussi un magnifique outil de biologie synthétique : on peut ingénierer des bactéries à immunité PT-dépendante personnalisée.
◇ Le détail qui marque
Le cryo-EM 2026 (Zhou et al.) a montré que SspE forme un tétramère asymétrique où la reconnaissance du motif 5'-CPSCA-3' par un résidu Y63 déclenche une cascade : hydrolyse GTP (par R133), réarrangement allostérique, et libération du domaine HNH C-terminal pour cliver. Trois mutations (Y63A, R133A, N724A) abolissent chacune complètement la défense. Trois points de chute, donc trois sites d'inhibition potentiels.